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Trauma complexe (CPTSD / TSPT-C) : effets sur les enfants et sur le couple


Cet article aborde le CPTSD ou TSPT-C en français : ses effets sur les enfants et le couple, et la manière dont la dysrégulation peut créer une onde de choc dans le huis clos du foyer.



Si vous recherchez “CPTSD / TSPT-C : effets sur les enfants / sur le couple”, c’est rarement par curiosité théorique. Il y a, derrière, une réalité intime : ce qui se passe dans une maison, loin des regards expérieurs, quand le système nerveux d’un adulte est régi par la peur. Si on parle aujourd'hui des personnes traumatisées, on parle beaucoup plus rarement de ce que vivent ceux qui partagent leur quotidien.


À titre personnel, j’ai développé un trouble de stress post-traumatique au sein de mon couple, au contact d’un partenaire avec un trauma complexe non diagnostiqué et non traité. Attention, il n'est pas ici, question de désigner un coupable. Cependant, il est important de mettre en lumière ce qui est trop souvent tu : quand un individu reste durablement en état de survie, la vie intime et familiale peut se transformer en un huis clos toxique et destructeur pour tous. La peur pèse plus lourd que la réalité, elle dirige le foyer. L’évitement s’installe. Les disputes se répètent. Le lien se fragilise. Et parfois, le partenaire, les enfants sont traumatisés à leur tour.

Nommer cet effet domino n’est pas une accusation des personnes traumatisées, elles aussi en souffrance. C’est rendre visible l’invisible. Il est essentiel de protéger le vivant dans la relation : la sécurité, la stabilité, la réparation.



Trauma complexe (CPTSD/TSPT-C) : effets sur les enfants et le couple, onde de choc relationnelle.


Trauma complexe (CPTSD / TSPT-C) : qu'est-ce que c'est ?


Le CPTSD (Complex PTSD), appelé en français TSPT-C, désigne une forme de traumatisme liée à des stress majeurs répétés, souvent relationnels, avec un impact durable sur la régulation émotionnelle, l’image de soi et la capacité à être en lien.


Dans la vie quotidienne, cela se manifeste fréquemment par :

  • un basculement rapide en état d'alerte (tension, agitation, colère, panique, fuite) ;

  • ou en état de coupure (vide, brume, dissociation, retrait, absence intérieure) ;

  • et une difficulté à rester présent, stable, connecté quand quelque chose est perçu par le système nerveux comme une menace — même si ce n’en est pas une.


C’est l'expression d'un système de protection devenu chronique au détriment du présent.





L’onde de choc : quand la dysrégulation heurte le couple


Dans un couple, deux systèmes nerveux se répondent en permanence. Quand la sécurité est là, le lien aide à rester en connexion malgré les tempêtes, à revenir au calme, à réparer lorsque c'est nécessaire. Quand l’insécurité domine, la dysrégulation se propage : l’alerte de l’un active l’alerte de l’autre et le piège se referme.


Dans le huis clos du foyer, certains ingrédients reviennent souvent :

  • une imprévisibilité qui épuise (proche / distant, tendre / dur, ouvert / fermé) ;

  • l’évitement (silence, fuite, mutisme, disparition émotionnelle) ;

  • des escalades (dispute qui devient menace, accusation, contrôle, dévalorisation, manipulation) ;

  • des réparations insuffisantes (pas de reconnaissance de responsabilité, pas de réparation réelle, pas de préservation du lien).


Ce qui traumatise, ce n’est pas seulement un moment précis. C’est la répétition. C’est l’absence de réparation. C’est le corps qui comprend que le danger peut surgir sans prévenir là où, et avec qui on devrait se sentir le plus en sécurité. À la maison, avec son partenaire, avec ses parents.





Conjoint : quand le CPTSD du partenaire devient traumatique


Vivre aux côtés d’une personne en dysrégulation chronique est loin d'être neutre. Certains conjoints développent à leur tour une organisation de survie : vigilance constante, anticipation, sidération, évitement, troubles du sommeil, fatigue extrême. Le corps se comporte comme s’il était “de garde”.


Voici ce que l’on entend souvent chez les proches :

  • “Je surveille son humeur avant de parler.”

  • “Je prépare mes phrases.”

  • “Je ne dis plus certaines choses.”

  • “Je doute de mes perceptions et de moi-même.”

  • “Je suis épuisé, mais je n’arrive pas à partir.”

  • “Je n’arrive plus à me détendre, même quand tout va bien car par expérience, je sais que tout peut basculer en un instant, sans raison apparente.”


Le glissement le plus insidieux se fait sans bruit : le partenaire devient tampon, régulateur, “soignant”. Il tente de sauver l’autre… en se perdant lui-même.



Le compagnon parfait : une dynamique invisible et déstabilisante


Il existe une version plus difficile à repérer, parce qu’elle laisse peu de traces visibles. Un partenaire peut jouer le rôle du compagnon parfait : toujours calme, toujours poli, jamais “dans l’excès”. Il connaît les bonnes tournures de phrases. Il sait présenter une image lisse et trompeuse, loin de sa réalité intérieure.

L’autre se sent alors constamment sur le qui-vive. Quelque chose sonne faux : une froideur derrière la douceur, un contrôle derrière la gentillesse, une menace derrière le calme. Rien n’est assez visible pour être “prouvable”. Tout se passe entre les lignes. Ce schéma rend la situation extrêmement déstabilisante.

La forme est intouchable, le fond est profondément insécurisant. Si vous vous plaignez, vous passez pour “trop sensible ou problématique”. Si vous vous taisez, vous vous effacez et vous trahissez. Le partenaire irréprochable garde le contrôle sur son image et devient intouchable. C'est un mécanisme de protection sournois et pervers pour le couple. L’autre finit par douter de lui-même : “Je n’ai rien à lui reprocher, est-ce que ce serait moi?”.


Ce schéma n’est pas toujours volontaire. Chez certaines personnes traumatisées, la performance devient une stratégie de survie : maîtriser l’image, éviter la honte, garder le contrôle, rester au-dessus de l’émotion. Le résultat, lui, est bien réel et palpable. Un couple peut paraître “parfait” mais ce qui passe en secret être profondément toxique pour la santé.


Dans le trauma complexe, la terreur régit les réactions et parfois même les pensées, la capacité de perception. Une expérience très douloureuse est de devenir, sans avoir rien fait de mal, l'ennemi du partenaire qui a un trauma complexe. Celui qu'il fuit, dont il a peur, qu'il confond avec ses agresseurs... Cette situation mérite qu'on en parle d'avantage car son impact sur la santé mentale mais aussi physique a de lourdes conséquences. C'est une situation qui peut traumatiser à son tour l'autre partenaire, mais aussi les enfants.



Deux mains adultes proches sans se toucher : distance, lien et sécurité relationnelle dans le couple (CPTSD/TSPT-C).


CPTSD / TSPT-C : effets sur les enfants


On repère facilement un parent explosif. On repère beaucoup plus difficilement un parent, en apprence “idéal”, celui qui ne dit jamais un mot de travers, celui qui maintient une façade lisse et parfaite. Les enfants, eux, vivent dans le bain de l’ambiance réelle, pas du récit, ni de l'image maîtrisée perçue par le monde extérieur au foyer.


La régulation d’un enfant se construit dans la relation


Un enfant ne se régule pas seul au départ. Il se régule avec un adulte. Son système nerveux se calibre sur la réalité du système nerveux de parent, la prévisibilité du lien, la disponibilité émotionnelle, la capacité du parent à revenir après une rupture et réparer.


C’est un point essentiel : un enfant ne s’apaise pas uniquement parce qu’on lui dit des mots rassurants. Il s’apaise parce que son système nerveux perçoit de la stabilité dans le systme nerveux de l’adulte.


Quand un parent est durablement dysrégulé, l’enfant s’adapte


Dans un foyer où un parent vit en alerte ou en retrait intérieur, l’enfant s’adapte. Il apprend à lire les micro-signaux. Il devient vigilant. Il se fait discret. Il cherche à ne pas déranger ou à "bien faire". Ou encore il explose, parce que son corps ne connaît pas d’autre langage.


Stratégies fréquentes :

  • hypervigilance (repérer l’orage avant qu’il n’arrive) ;

  • parentification (prendre soin du parent, pacifier, protéger) ;

  • retrait / déconnexion (se couper pour tenir) ;

  • agitation / opposition (le corps parle) ;

  • perfectionnisme (gérer pour que ça tienne).


Un parent traumatisé ne “fabrique” pas automatiquement un enfant traumatisé. Mais une dysrégulation chronique, sans soutien et sans réparation, augmente le risque de symptômes anxieux, de difficultés de régulation, de somatisations, et parfois de trajectoires traumatiques.



La performance parentale : les bons mots couplés à une "fausse" présence


Certains parents traumatisés font tout “correctement”. Ils se renseignent, appliquent les bons réflexes, utilisent les bonnes formulations. Ils deviennent irréprochables sur le papier.

Mais le fond du problème n’est pas le script. Le problème, c’est l’état du système nerveux du parent. Une vigilance constante, une tension tenue, une dissociation discrète, un retrait intérieur. L’enfant le capte toujours, même inconsciemment. Il vit au contact de micro-signaux : le regard qui ne s’accroche pas, la voix trop plate, le corps raide, une respiration courte. La relation peut paraître stable et satisfaisante pour un regard extérieur et pourtant ne pas l'être.


Cela crée une confusion silencieuse. Le parent dit les choses justes. L’enfant, lui, ressent le poids d'autre chose. Il apprend à douter de ses perceptions. Il se suradapte. Il se fige. Il devient “facile” ou au contraire "difficile". Certaines trajectoires traumatiques naissent dans ces contextes ci. Pas uniquement dans l’explosion, mais tout autant dans l’absence de présence incarnée.


Dans ces cas-là, ajouter des outils éducatifs ne suffit pas. Le parent a surtout besoin d’être soutenu pour que son organisme sorte de l’alerte ou du retrait. Les enfants n’ont pas besoin d’un parent parfait. Ils ont besoin d’un adulte qui est capable de rester présent en lui-même, de revenir au lien, de réparer, de s'excuser mais aussi de montrer l'exemple.


Phrase clé : Oui, les enfants entendent les mots. Mais bien plus que les mots, ils observent un mode de foctionement et lisent surtout l'état réel du système nerveux.



Comprendre n’excuse pas


Le trauma explique beaucoup. Il n’autorise pas la répétition de comportements qui détruisent la sécurité relationnelle : abandon, retournements, humiliations, menaces, contrôle, silence punitif, accusations chroniques, terreur émotionnelle. La violence n'est pas seulement dans les gestes, elle est aussi dans les mots et dans les comportements, parfois même en apparence irréprochables.


On peut être traumatisé et blesser involontairement. La responsabilité commence au moment où l’on reconnaît l’impact de nos blessures sur les autres ,et où l’on cherche le soutien juste pour nous accompagner.


La priorité, dans un foyer, tient en un mot : sécurité. Pas une sécurité imagée mais une sécurité concrète au niveau physiologique. Cette sécurité s'apprend et se construit pas à pas, avec des professionnels spécifiquement formés en psycho-traumatologie. Le trauma complexe ne se soigne pas par les simples mots. Il requiert un accompagnement intégratif et commence par un travail sur le corps dans lequel il ne sera pas question de raconter son histoire, mais de travailler sur le système nerveux et les fondations du sentiment de sécurité intérieure.





Couple en consultation thérapeutique, lumière naturelle et matières douces : agir pour se soigner face au trauma complexe (CPTSD/TSPT-C).


Interrompre l’effet domino : sécurité, limites, soutien


1) Sécurité et rythme avant “l’explication”


Quand le système nerveux est en état d'alerte extrême, les mots ne font plus effet car le cortex-préfontal se déconnecte. Il est essentiel d'apprendre à repérer les signes d’activation et faire une pause pour permettre de désamorcer les mécanismes automatiques. Puis revenir au lien quand le corps a retrouvé ancrage.


Une phrase simple et efficace :

“Je suis activé. Je fais une pause. Je reviens dans 15 minutes et on reprend là où on en est.”

Le “je reviens” n’est pas une formule de politesse. C’est un acte. C’est la réparation.


2) Limites protectrices


  • Pas d’humiliation.

  • Pas de menaces.

  • Pas de harcèlement verbal.

  • Pause obligatoire si la fenêtre de tolérance est dépassée que ce soit dans l'hyper-activation (colère incontrôlée, violence physique ou verbale, agitation extrême, besoin de faire quelque chose dans l'urgence) ou l'hypo-activation (flou, vide, absence, envie soudaine de dormir, perte de sensations, éloignement).

  • Un enfant n’est jamais le régulateur du couple.


La limite n’est pas une punition, au contraire, elle protège la relation, si il y a reprise du lien, réparation derrière.


3) Soutien systémique


Une personne traumatisée a besoin d’un espace à elle. Le conjoint aussi. Et parfois, le couple et la parentalité ont besoin d’un cadre tiers pour accompagner ces moments de vie où le trauma prend plus de place que la raison, le passé plus de place que le présent.



Parler aux enfants sans les surcharger


L’enfant n’a pas besoin de détails. Il a besoin de clarté.

  1. Nommer simplement :

“En ce moment, papa/maman a parfois du mal à se calmer. Ce n’est pas ta faute. Les adultes s’en occupent.”
  1. Réparer toujours après coup :

“Je me suis énervé. Tu n’y es pour rien. Je travaille sur moi pour apprendre à faire mieux. Tu as le droit d’être triste ou en colère.”

On n’a pas besoin d’un parent parfait. On a besoin d’un parent qui est en capacité de réparer.



À retenir


  • Le trauma complexe peut créer une onde de choc dans le couple, même sans violence “visible”.

  • Le conjoint peut basculer en état de survie, parfois même être traumatisé à son tour.

  • Les enfants se construisent au contact d’un climat ambiant, pas seulement de mots ou d'actions. Leur système nerveux lit l'état du système nerveux du parent.

  • La performance (parent parfait, compagnon parfait) peut masquer une dysrégulation profonde et désorienter l’autre.

  • La transmission n’est pas une fatalité : sécurité, limites, réparation, soutien changent la trajectoire.



Note de sécurité


Si vous vivez des violences psychologiques, émotionnelles ou physiques, ou si vous ne vous sentez pas en sécurité à domicile, la priorité est la protection.

En France : 17 (urgence) / 3919 (écoute violences) / 3114 (prévention suicide).



FAQ : CPTSD/TSPT-C, enfants, couple


Un parent avec un CPTSD peut-il impacter le système nerveux de son enfant ?

Oui. L’enfant se régule d’abord dans la relation. Une dysrégulation parentale chronique peut augmenter le risque d’anxiété, d’hypervigilance, de difficultés de régulation et de difficultés relationnelles. Ce n’est pas automatique : stabilité, réparation et soutien changent la trajectoire.


Les enfants de parents traumatisés développent-ils forcément un trauma complexe ?

Non. Le risque augmente surtout lorsque l’insécurité relationnelle est répétée, intense et non réparée. Que le parent n'est pas pris en charge correctement ou qu'il n'adresse pas le fond du problème. La présence d’au moins un adulte stable et la mise en place de réparations régulières sont très protectrices.


Le conjoint peut-il développer un TSPT en vivant avec une personne CPTSD/TSPT-C ?

Cela peut arriver. Certains conjoints développent des symptômes traumatiques (hypervigilance, évitement, sidération) dans un contexte de climat imprévisible et répétitif.


Que faire quand le couple s'embrase ?

Faire une pause quand la fenêtre de tolérance est dépassée. Revenir ensuite avec des règles de conflit et une réparation explicite.


Qu’est-ce qui protège le plus un enfant au quotidien ?

La prévisibilité, une relation stable avec au moins un adulte équilibré, et la capacité des adultes à accueillir l'enfant pour qui il est, l'écouter et réparer après les ruptures (excuses, retour au calme, reprise du lien).




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